Les autres Français de la Formule 1 : Greg « Au Rupteur »

La tenue du Grand Prix de France de Formule 1, et de la saison en elle-même, ne sont pas encore garantis cette année. Mais notre série de portraits des personnalités tricolores qui travaillent dans le microcosme de la discipline continue avec une rencontre avec Greg, créateur du site « Au Rupteur » également très présent sur les réseaux sociaux.

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A l’heure où la Formule 1 est à l’arrêt, le lien entre la discipline et ses fans se développe encore plus à travers les réseaux sociaux. Avec l’émergence du esport et la multitude d’événements qui sont organisés durant cette période inédite, le numérique prend une place de plus en plus importante.

Pour essayer de comprendre ce phénomène, nous avons parlé (à distance !) avec le créateur du site internet « Au Rupteur » qui sévit également avec régularité sur Twitter. Possédant pas loin de 13 500 followers, cela en fait un des points de référence sur ce réseau social qui a la côte en Formule 1.

Derrière un humour assumé, en net décalage avec l’image d’austérité que la Formule 1 pouvait encore refléter il y a quelques temps, la passion du sport et de l’automobile sont les vecteurs de l’engagement de Greg, résident monégasque mais Français, qui, sans le chercher vraiment, est devenu un acteur de la discipline en relayant l’actualité à sa manière.

Qui se cache derrière « Au Rupteur », présente-toi.

Arsène Lupin, 76 ans, champion du monde de cache-cache en 1983 et titulaire d’un master en droit des affaires internationalement locales !
Sinon, c’est Greg. Je suis un amateur de belles mécaniques. Je suis aussi un admirateur de la discipline qui est censée, selon la réglementation, être la plus extrême du sport automobile , à savoir la Formule 1. Je suis une des petites mains derrière « Au Rupteur ».

Comment ta passion pour la Formule 1 a-t-elle débuté ?

Étant de Monaco, ça aide ! Tu baignes depuis tout petit dedans, tu vois le Grand Prix tous les ans d’une façon ou d’une autre : billets qu’un ami de tes parents te passe, une invitation sur un balcon avec vue sur le circuit ou plus simplement achat d’une place.

Au final, tu es élevé au son des moteurs hurlants dans les rues de ta ville. Puis il y a un peu de transmission familiale, ça aide.

Comment est né l’idée de la création de « Au Rupteur » ?

Il y a trois ans, je souhaitais ouvrir un blog auto pour surtout faire part de mes humeurs, m’étant pris au jeu de la Formule 1 sur Twitter.

Twitter, c’est le bar virtuel des sports pendant les essais et les qualifications : tu trolles, tu réponds à des gens plus ou moins sympathiques et ça te permet surtout de partager entre passionnés. Du coup, le site était un prolongement pour y faire des billets sans concession ou langue de bois (mais avec humour et respect, j’y tiens !) plutôt que de réelles analyses techniques et stratégiques. Il y a de vrais professionnels pour ça.

Pourquoi as-tu voulu devenir un acteur, au sens large, dans le monde de la Formule 1 ?

Je considère que les acteurs sont les pilotes, les mécaniciens etc…à la limite, je suis un figurant, noyé dans le décor avec d’autres figurants, le mec un peu flou dans l’arrière-plan qui fait semblant de demander une glace. Et ce rôle est plus un concours de circonstances qu’une réelle volonté.

Je peux même te dire que, depuis le début, l’envie est la même. Mais cette envie a évolué avec le site et de façon presque égoïste : amener quelque chose qui n’est pas fait ou pas de la façon dont j’essaie de le faire.
Attention, il n’y a aucune prétention de ma part ! J’en prends pour exemple la page “Réseaux sociaux” de « Au Rupteur » qui, je pense, n’a pas d’équivalent. Initialement, je voulais une page avec tous les hashtags centralisés plutôt que de chercher à chaque Grand Prix. Puis la page a évolué au gré des développements, des demandes et des besoins.

Il en va de même sur Twitter, le média principal de « Au Rupteur », où il y a un mélange de factuel et de déconne.

Est-ce qu’il y a une ambition professionnelle derrière tout ça ?

Absolument pas ! La seule ambition qui aurait pu être la mienne dans le monde de la F1 eut été d’être pilote ou ingénieur.

En ce qui concerne le rêve d’être pilote, il a été torpillé par mon histoire personnelle. Il y a, l’aspect financier qui tient une place là-dedans car oui, il n’y a pas que des gens riches à Monaco, mythe qui a une longue histoire et qui ne va pas mourir demain.

Pour la deuxième prétention, gamin je dessinais des F1 tout le temps, avec des idées plus ou moins farfelues. Mais ça n’est pas allé plus loin que ça parce qu’en prenant de l’âge, j’ai pris d’autres orientations.

Comment réussir à se démarquer au milieu de tes nombreux « concurrents » ?

Ne pas regarder ce que font les autres. Ce n’est pas du snobisme mais, d’une part, c’est pour éviter de plagier, même inconsciemment. Et d’autre part, je me démarque sûrement en faisant ce que je veux et selon mon feeling

Il en va de même pour mes collègues d’écriture sur « Au Rupteur ». Ils ont carte blanche avec comme lignes de conduite imposées : le respect des pilotes, vérifier les infos et écrire correctement.

Tu es très présent sur les réseaux sociaux et de nos jours, ils semblent incontournables. Comment analyses-tu leur place en Formule 1 ?

Un truc tout bête. J’étais abonné à un magazine de sport automobile et d’automobiles tout court. Jusqu’à il y a deux ans ; je dirais que ça amenait vraiment quelque chose. Maintenant, je ne vois pas l’intérêt avec, justement, les réseaux sociaux. Tu as l’info immédiatement ! Si tu attends l’info via ton mensuel, ça peut être long…

Mais attention, tout n’est pas facile sur les réseaux sociaux ! Les « fake news », l’instantanéité qui te jette dans du putaclic [ndlr : article racoleur visant à attirer le clic du lecteur] te forcent à trier les sources et avoir un sens critique rapide.

Pourquoi avoir privilégié Twitter à Facebook ou Instagram, même si tu y es présent ?

Je ne suis pas un malade de Facebook, j’ai même un avis assez désagréable au sujet de ce réseau social. Mais il apporte de la communication massive de par sa place historique et populaire.

Pour ce qui est d’Instagram, j’ai aussi un avis plutôt négatif à son sujet. Au début, l’idée de partage de photos est excellente et je me suis pris au jeu du carspotting pendant un moment. Mais le côté hyper narcissique d’une trop grande majorité des utilisateurs de la plateforme est une réelle horreur.

Après, je pratique depuis quelques mois TikTok et j’y retrouve le côté fun du défunt Vine. Rien de plus, rien de moins. Il y aussi le côté ingrat des “influenceurs” qui est (trop) présent donc je ne vais pas plus loin.

Je garde le meilleur pour la fin : Twitter. Partage d’infos en peu de caractères et quelques images : tu vas à l’essentiel. Tu veux en savoir plus ? Tu lis des threads [ndlr : fil de discussion] bien faits ou tu cliques sur un lien.
Le seul point négatif, ce sont les gens que tu ne connais ni d’Eve, ni d’Adam et qui viennent te clasher pour le plaisir. Tu t’imagines aller insulter gratuitement des gens dans la rue, comme ça ? Moi, absolument pas !

L’esport en F1 prend également une place de plus en plus importante, comment le vois-tu évoluer ?

En cette période de confinement, il serait difficile de dénigrer cette discipline à part entière ! Mais, pour te répondre franchement : ça ne m’attire pas plus que ça et pour plusieurs aspects.

Tout d’abord, j’ai eu la chance d’assister en live aux FIA GT Championships 2019 World Finals en fin d’année 2019. Assister à la compétition en personne n’a absolument pas le même effet que de la voir sur son smartphone aux toilettes (pour schématiser). C’est comme voir et entendre une F1 de l’ère hybride en live et la voir sur son téléviseur : il manque plein de sensations.

Après, je ne connais pas suffisamment le milieu pour apprécier réellement donc quelque part, je ne peux pas, encore, apprécier comme un fan hardcore pourrait le faire.

Autre élément qui ne me permet pas de prendre mon pied devant l’esport : je préfère jouer que regarder des gens jouer. Certes, il y a des gens hyper talentueux et qui méritent d’être admirés lors de leurs prestations. Mais comme dit lors de la présentation : je suis avant tout un amateur de belles mécaniques ! Donc oui, j’aime conduire virtuellement ces bolides, j’adore les prendre en photo dans les différents jeux que j’ai mais le côté virtuel sans âme me manque.

Pour finir, et c’est un point qui peut être en corrélation avec le précédent : ce n’est pas ma culture. Je doute que ce soit l’âge ou encore le manque d’attrait pour les jeux vidéo (collectionneur à ma petite échelle) ou la technologie (je suis le geek de la famille) mais ce n’est pas dans mes habitudes. Je pense qu’avec 15 ou 20 ans de moins (j’ai 35 ans), je serais un malade de l’esport auto avec l’espoir de pouvoir faire comme les gamins des compétitions Gran Turismo. Ça doit venir du fait que je suis un gros joueur mais en solo : le multi ne m’attire guère.

D’ailleurs, pour revenir un peu à la question et conclure, l’esport est peut-être le “Volant Elf” moderne. Avec la débauche de moyens pour arriver en sport auto (qui ne date pas d’hier, cf. mon histoire), c’est peut-être la solution pour que de jeunes gens puissent réaliser leur rêve. Il ne reste plus qu’aux gens en place d’agrandir les passerelles entre le virtuel et le réel. Ce n’est donc pas au sport virtuel d’évoluer mais au vieux monde d’accepter qu’il existe.

Quel est ton plus beau souvenir lié à la Formule 1 ?

Il s’agit d’un duel que j’ai vécu du toit d’un immeuble, le Palais Héraclès, dominant la ligne d’arrivée et une majeure partie du circuit de Monaco. C’était la bataille entre Ayrton Senna et Nigel Mansell en 1992.

Je n’étais pas fan de Nigel Mansell et, en bon fan de Prost, Senna n’était pas dans mes papiers. Mais, comme maintenant, même si je ne suis pas fan d’un pilote, ça ne m’empêche absolument pas d’apprécier un beau coup de volant, un dépassement ou un duel.

Je ne vais pas raconter ce qu’il s’est passé virage par virage mais plutôt mon ressenti. Je voyais ces deux hommes se battre comme des bêtes dans les rues de ma ville. Une bataille rude et disputée qui m’a semblé durer une éternité. Le blockbuster de rêve : Senna, le roi de la piste monégasque, sur une McLaren à la mythique robe rouge et blanche poursuivi par le brutal Mansell et sa machine imbattable, la superbe Williams FW14B.

A chaque tentative du Britannique, l’envie de hurler de joie parce qu’il aurait réussi l’impossible dans les rues étroites de la Principauté. A chaque défense habile du Brésilien, une frustration agréable qui me faisait me dire que son talent seul le maintenait devant. Et ça jusqu’au drapeau à damiers… Mais ce n’était pas terminé !

Une fois les voitures sur la ligne d’arrivée, les pilotes descendent de leurs destriers et vont récupérer les trophées avant d’agiter le champagne. Mais là, Mansell est descendu de sa voiture exténué, pour s’écrouler au sol avec un sourire jusqu’aux oreilles. Senna aussi était ravi. Fatigué mais ravi par ce qu’il s’était passé en piste. Et là, tu te rends compte que ce n’était pas un simple duel avec des enjeux financiers, sportifs ou autres : ils avaient donné le meilleur d’eux-mêmes et avaient pris du plaisir. Et toi, tu es témoin de ça, en personne.

La Formule 1 te laisse-t-elle assez de place pour avoir d’autres passions ?

Les jeux vidéo, l’informatique (hardware et programmation), le porno papou et le sport même si le physique et le temps me font défaut.

Pour les pornos papous, c’est faux… tu t’en doutes bien. Le sport, ça ne l’est pas mais entre tendinites, hernies discales et manque de temps pour faire les choses bien, c’est plus qu’entre parenthèses.

Les jeux vidéo, il y a un lien avec l’automobile, je suis très jeux de bagnole mais style arcade façon Driveclub ou “monde ouvert” comme les Forza Horizon. On en revient au côté esport et simu que j’aurais adoré en ayant du temps libre et un esprit sûrement plus jeune. Maintenant, quand je joue, avec le peu de temps que j’y passe, je veux du loisir, pas une contrainte.

La programmation, je la pratique pour développer le site même si le temps manque cruellement de ce côté pour arriver à faire exactement ce que je veux faire avec « Au Rupteur » … un jour peut être !

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