Julien Fébreau : « la F1 apporte une parenthèse de fraicheur dans cette période »

A mi-parcours de cette saison 2020 si particulière, nous avons décidé de faire un point avec la voix des Grands Prix en France, Julien Fébreau, qui a vécu des moments très intenses ces dernières semaines.

CANAL SPORTS CLUB - CSC

(c) Canal+ / Augustin Detienne

Lui qui, cette année, commente les courses derrière un écran à Paris pour cause de règles sanitaires strictes dans les paddocks, assure qu’il n’a pas été frustré de ne pas vivre sur place l’événement tricolore de ces vingt dernières années en F1, à savoir la première victoire d’un Français dans la discipline depuis 1996 avec le succès de Pierre Gasly à Monza : « Je n’ai ressenti aucune frustration. » affirme-t-il

« Le moment était tellement beau et fort à vivre que j’ai oublié l’endroit où je me trouvais quand ça s’est passé. J’étais en communion avec ce qui se passait sur la piste et l’endroit où je me trouvais n’était pas le plus important. L’important était de vivre le moment. »

D’autant plus que Pierre Gasly a eu l’amitié de lui téléphoner le lendemain, une fois la folie retombée : « On a eu la chance d’avoir Pierre le soir à l’antenne, on a pu avoir un échange avec lui. Il m’a appelé le lendemain midi…bien entendu j’aurais bien aimé lui taper dans la main…enfin, en respectant les gestes barrières donc, lui taper le coude ! » s’amuse-t-il avant de poursuivre : « Mais honnêtement je n’ai senti aucune frustration. »

Un commentaire de légende

Un moment intense à double titre, car son commentaire du dernier tour est entré dans la légende et lui a valu une exposition médiatique au-delà ce celle à laquelle il est habitué dans le milieu du sport automobile : « A titre personnel ça a été un raz de marée depuis. Par exemple, quand je suis allé sur le Tour de France, les gens m’ont arrêté pour me dire « Bravo », « Merci », « Accélère, accélère » ; dans un univers qui n’est pas le mien, ça reste étonnant. Mes boites mails sont saturées et je n’ai pas encore réussi à tout lire. »

« J’ai reçu des messages sympas de confrères aussi. Recevoir des messages de personnes qui ont la légitimité de porter un regard sur ton travail, comme Michel Denisot par exemple, avec son commentaire élogieux, c’est touchant. Ça a une valeur importante. »

Pourtant, cette année 2020 a tout pour être frustrante pour Julien Fébreau qui se voit obligé de commenter les Grands Prix avec Jacques Villeneuve dans les locaux parisiens de Canal +.

Une saison intense

Mais le rythme a été tellement soutenu jusqu’à présent qu’il n’a pas laissé beaucoup de place à la frustration : « Il faut reconnaitre que ça a été dense. On avait déjà vécu un triple header [ndlr : un enchaînement de trois Grands Prix en trois week-ends] il y a deux ans, ça avait beaucoup fait parler, les équipes ne voulaient pas que cela se reproduise et là on vient de s’en faire trois d’affilées et il y en a encore d’ici la fin de l’année…mais ça reste une saison tellement à part. »

L’amour de la Formule 1 et la chance de voir enfin cette discipline mondiale repartir après des mois passés dans l’incertitude ont rapidement repris le dessus : « Il faut déjà se réjouir que la F1 ait pu reprendre, se réjouir que cela ait pu tenir jusqu’ici. Le plan mis en place par la FIA et Liberty Media a été efficace puisque les cas positifs au Covid-19 ont été repérés, écartés et isolés. Je ne connais pas beaucoup de discipline de cette ampleur qui ont pu reprendre. »

D’autant plus que les téléspectateurs, en manque d’évènements sportifs, étaient au rendez-vous à en croire les très bonnes audiences réalisées par Canal + lors des week-ends de course : « On a pu constater que les gens et nos abonnés étaient en attente de programmes, de directs et ça se ressent dans les audiences, dans la ferveur des gens. Je le constate bien sur les réseaux sociaux et je m’en réjouis parce que la F1 est un très beau spectacle et ça apporte une parenthèse de fraicheur aux gens dans cette période. » nous confirme le journaliste.

Le calendrier chamboulé avec la présence d’anciens circuits comme Imola, le Mugello ou Istanbul a également attisé la curiosité des passionnés : « Soit on découvre de nouveaux circuit soit on en redécouvre. Le Mugello est un circuit à l’ancienne et on a vu dans ce contexte que c’était plus risqué, que les pilotes devaient faire plus attention. La nouveauté apporte de l’excitation. » s’enthousiasme Julien.

Mais cela ne serait-pas un peu régressif pour la discipline de se retrouver sur des anciens circuits qui avaient été un peu abandonnés ? Ce n’est pas son avis et il est même plutôt affirmatif à ce sujet : « C’est tout sauf une régression ! C’est au contraire une preuve supplémentaire de la capacité d’adaptation d’une discipline qui est très grosse et qui a donc beaucoup d’inertie dans son organisation, sa gestion, ses déplacements et c’est une preuve de sa capacité de réaction dans ce contexte »

Par contre, multiplier les courses sur les mêmes circuits durant la saison, même si c’était nécessaire, reste une solution de dépannage selon lui : « On a vu que ça pouvait donner des profils de course très différents, notamment à Silverstone. Mais ça reste une solution de secours. On est une majorité à aimer varier les circuits et les plaisirs. Mais il fallait réussir à concilier les confinements, les déplacements limités et la nécessité d’avoir un certain nombre de dates au calendrier. Ça restait un bon plan. C’était assez logique. »

A la découverte du Tour de France

Ce « confinement » forcé à Paris, dans les locaux de Canal + durant les week-ends de course, lui aura au moins permis de se trouver un échappatoire sportif en devenant un observateur averti du Tour de France et de ses champions qu’il a appris à côtoyer en devenant un admirateur de Thibaut Pinot, notamment : « C’est un univers que je ne connaissais pas. J’ai eu le plaisir quelques jour avant le départ d’échanger avec Thibaut Pinot [ndlr : le leader de la formation Groupama-FDJ et un des favoris de l’épreuve] car j’ai appris qu’il était fan de F1 et du coup j’ai suivi un peu plus son parcours, malheureusement difficile pour lui cette année. »

Voilà un sport qui a de nombreuses similitudes avec la Formule 1, comme a pu le constater Julien : « J’ai reçu une invitation cette année pour assister à une étape du Tour de France et c’était une belle expérience. La structure et l’organisation m’ont intéressé car la F1 est une belle référence en la matière. »

« La comparaison peut se faire sur le matériel car c’est du haut niveau. Je discutais avec un mécanicien de l’équipe Groupama-FDJ et j’ai vu tout le soin apporté au matériel, le choix et les réglages extrêmement pointus…on voit la beauté de la pièce, comme pour une Formule 1 auxquelles mon œil est désormais habitué. Je reste émerveillé devant des F1 mais je suis resté scotché devant les vélos car je n’en vois jamais de tels. On voit dans les yeux du public le fantasme que représente la pièce, la beauté du matériel. »

Voilà donc une nouvelle discipline à ajouter à la longue liste de ce passionné de sport pour qui la Formule 1 reste tout de même la priorité : « J’ai envie de suivre les performances de Thibaut Pinot. Je suis d’autres cyclistes sur les réseaux mais je resterai observateur pour une discipline qui est très technique, avec beaucoup de courses et des profils de coureurs différents. C’est une discipline de connaisseur. Je reste sur le plaisir de la suivre en simple observateur. »

Bientôt le retour en piste

Julien Fébreau est réellement un passionné et cette conversation abordera également les problèmes de Ferrari, dont il juge la situation « frustrante », « décevante » et « énervante » et comprend que certains tifosi aient pu se sentir « trahis » par l’affaire de l’accord secret entre la Scuderia et la FIA sur les performances de l’unité de puissance italienne l’an passé.

Il a également hâte de reprendre la piste dans le cadre de l’Alpine Elf Europa Cup qui se déroulera sur le Circuit Paul Ricard au début du mois d’octobre. La marque française, propriété de Renault, fera également son retour en Formule 1 l’an prochain avec un projet qui apporte l’excitation de la nouveauté comme le pense Julien : « Alpine c’est un très beau nom, de belles couleurs. Mais même si ce n’est pas une nouvelle équipe [ndlr : le Renault F1 Team sera appelé Alpine], c’est un nouveau nom, une nouvelle identité, c’est une façon de renouveler les choses et cette marque est tellement mythique que si elle peut rayonner en F1 et en Endurance alors tant mieux. C’est une belle marque française. » conclut-il.

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